Acupuncture et chimiothérapie du cancer du sein : un soutien précieux pour traverser les traitements
La chimiothérapie sauve des vies, mais elle s'accompagne d'effets secondaires qui pèsent sur le quotidien : nausées, vomissements, fatigue, douleurs, fourmillements dans les mains et les pieds... L'acupuncture s'invite de plus en plus dans les parcours de soins en oncologie, en complément des traitements conventionnels. Voici ce que la recherche récente apporte pour les patientes suivies pour un cancer du sein.
GYNÉCOONCOLOGIE
Dr Emma Chaumont
10/6/20264 min read


Des nausées mieux contrôlées
Les nausées et vomissements sont parmi les effets secondaires les plus redoutés. Dans un essai randomisé en double aveugle mené chez des patientes atteintes d'un cancer du sein et recevant une chimiothérapie très émétisante, l'ajout de l'électroacupuncture au traitement antiémétique standard a fait passer le taux de protection complète de 34,5 % à 52,9 %. Les patientes du groupe électroacupuncture étaient aussi plus nombreuses à ne ressentir aucune nausée significative, et le bénéfice était surtout marqué dans la phase tardive, celle des jours qui suivent la perfusion.
Ces résultats rejoignent ceux d'une synthèse de plusieurs essais randomisés : l'acupuncture réduit à la fois l'incidence des nausées et leur intensité. Les auteurs soulignent toutefois que le niveau de certitude des preuves reste faible à très faible, ce qui plaide pour des études supplémentaires.
Un soutien pour les globules blancs
La chimiothérapie peut faire chuter les globules blancs (leucopénie, neutropénie), ce qui expose aux infections et peut retarder les cures.
Une méta-analyse portant sur 15 essais randomisés et 1 130 patients a montré que l'acupuncture est associée à un taux de globules blancs plus élevé après chimiothérapie.
Une autre méta-analyse, centrée sur les patientes atteintes d'un cancer du sein (10 essais, 650 participantes), conclut elle aussi à un effet significatif de l'acupuncture sur la leucopénie induite par la chimiothérapie, quel que soit le type d'acupuncture utilisé. Ses auteurs concluent que l'acupuncture pourrait atténuer cette complication.
Des essais à plus grande ampleur sont néanmoins nécessaires mais ces résultats sont prometteurs.
Les fourmillements et douleurs des mains et des pieds
La neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (engourdissements, picotements, douleurs) peut devenir très invalidante. Une méta-analyse d'essais randomisés publiée en 2026 conclut que l'acupuncture est un complément sûr et efficace pour soulager ces symptômes chez les patientes atteintes d'un cancer du sein.
Après la chimiothérapie : les douleurs articulaires de l'hormonothérapie
Beaucoup de patientes poursuivent ensuite un traitement par inhibiteur de l'aromatase, qui provoque souvent des douleurs articulaires et des raideurs, première cause d'arrêt du traitement. Dans un essai mené auprès de 226 femmes, la douleur articulaire a diminué de façon significative après six semaines d'acupuncture, par rapport à l'acupuncture simulée et à l'absence de traitement. Ce bénéfice persistait 40 semaines après l'arrêt des séances.
Les bouffées de chaleur : un soulagement sans médicament
La chimiothérapie et l'hormonothérapie peuvent déclencher une ménopause brutale, avec des bouffées de chaleur parfois très gênantes le jour comme la nuit. Les traitements hormonaux étant déconseillés après un cancer du sein, les options non hormonales sont précieuses.
Dans un essai randomisé mené auprès de 120 femmes ayant terminé leurs traitements, l'électroacupuncture a été comparée à la gabapentine, à une acupuncture simulée et à un placebo. Après huit semaines, c'est dans le groupe électroacupuncture que le score de bouffées de chaleur avait le plus diminué (−7,4, contre −5,2 pour la gabapentine et −3,4 pour le placebo). Ce bénéfice se maintenait à 24 semaines (−8,5 contre −2,8 pour la gabapentine). Les effets indésirables étaient aussi moins fréquents avec l'électroacupuncture (16,7 %) qu'avec la gabapentine (39,3 %).
Une méta-analyse récente d'essais comparant l'acupuncture à une acupuncture simulée va dans le même sens : le taux de patientes répondeuses était plus de deux fois supérieur dans le groupe acupuncture.
Le regard de la médecine chinoise
En médecine chinoise, la chimiothérapie est comprise comme un traitement puissant qui peut épuiser le Qi et le Sang et fragiliser le Yin. La Rate et l'Estomac, qui gouvernent la digestion et la production d'énergie, sont particulièrement sollicités. Les nausées traduisent alors un Qi de l'Estomac « rebelle », qui remonte au lieu de descendre, et la fatigue un déficit de Qi. Le travail de l'acupuncture consiste à soutenir l'énergie, apaiser l'Estomac, fluidifier la circulation du Qi et du Sang dans les extrémités et favoriser la récupération. Cette lecture énergétique rejoint, à sa manière, les besoins que l'on observe sur le terrain : mieux digérer, mieux dormir, retrouver de la vitalité.
Une approche complémentaire, en lien avec l'équipe soignante
L'acupuncture s'intègre aux soins en oncologie, elle ne les remplace pas. Il est recommandé d'en parler à son oncologue.
