Arrêter de fumer avec l'acupuncture : ce que dit vraiment la science
Novembre et son "mois sans tabac" est l'occasion pour moi de vous parler du sevrage tabagique via l'acupuncture. Vous avez déjà essayé les patchs, peut-être la cigarette électronique, et une bonne dose de volonté. Et si les aiguilles pouvaient vous donner un coup de pouce supplémentaire ? Voici ce que la littérature scientifique dit — sans promesse magique, mais sans excès de scepticisme non plus.
ADDICTION
Dr Emma Chaumont
11/1/20262 min read


La méthode Chiapi : une seule séance, deux points essentiels
C'est la méthode que j'utilise au cabinet. Mise au point en 1976 par le Dr Yves Réquéna, elle consiste à piquer un point précis situé de chaque côté du nez : le « point Chiapi ». Ce point stimulerait le nerf trijumeau, le nerf sympathique endonasal et le nerf olfactif, ce qui atténuerait rapidement la sensation de manque physique.
En pratique, une seule séance suffit pour une bonne partie des patients ; une deuxième 2 semaines après est parfois nécessaire pour consolider les effets.
Ce que montrent les études
Sur la méthode Chiapi spécifiquement :
Les données disponibles viennent surtout de la cohorte hospitalière initiale menée à Marseille en 1975-1976 par le Dr Réquéna et ses collègues (plus de 1 300 fumeurs suivis), rapportant environ 60 % d'abstinence à 3 mois, et d'une étude prospective plus récente et de plus petite taille menée à l'hôpital militaire de Marrakech sur 42 cas, confirmant un taux de succès élevé chez les fumeurs motivés (2). Ce sont des résultats encourageants, mais il faut noter qu'il ne s'agit pas d'essais randomisés contrôlés en double aveugle au sens strict, contrairement aux standards actuels de la recherche en acupuncture.
Sur l'acupuncture pour le sevrage tabagique en général :
Une revue Cochrane de référence a conclu que l'acupuncture semblait plus efficace qu'une stimulation placebo (fausse acupuncture) pour l'arrêt à court terme. Une méta-analyse portant sur 24 essais randomisés a retrouvé des résultats allant dans le même sens, avec une efficacité jugée comparable aux substituts nicotiniques dans plusieurs comparaisons directes (4).
À qui cela peut-il convenir ?
Aux personnes qui souhaitent une approche complémentaire aux substituts nicotiniques, pas nécessairement en remplacement
Aux personnes souhaitant arrêter le tabac sans substituts nicotiniques
Aux personnes qui fument à cause de leur stress ou de leur anxiété
Comme pour tout sevrage, la motivation personnelle reste le facteur le plus déterminant. L'acupuncture n'agit pas « à la place » de vous, elle vous donne des outils supplémentaires pour tenir.
Sources :
Réquéna Y, Pernice C, Michel D. Intérêt thérapeutique de l'acupuncture dans la lutte contre l'intoxication tabagique. Marseille; 1976.
Hajjam M, Hssaida R. Place de l'acupuncture dans le sevrage tabagique : méthode point Chiapi, à propos de 42 cas [thèse]. Marrakech : Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech; 2010.
Ces données ne remplacent pas un avis médical individualisé
